Parlons Forme #014 : Les secrets des centenaires en bonne santé

Vivré âgé, c’est bien.

Vivre âgé ET en bonne santé, c’est carrément mieux !

Malheureusement, malgré les progrès de la science et la somme colossale d’informations et d’études scientifiques réalisées, l’espérance de vie en bonne santé stagne.

Quelques chiffres pour vous faire une idée :

  • En France, les hommes ont une espérance de vie de 79,5 ans et les femmes de 85,4 ans.
  • Mais l’espérance de vie en bonne santé est de 62,4 ans pour les hommes et 64,2 ans pour les femmes

La différence est énorme est cela signifie qu’en moyenne les hommes passent leurs 17 dernières années en situation de dépendance, un chiffre qui grimpe à plus de 21 années pour les femmes !

Bien entendu cette situation à de nombreuses conséquences familiales, sociales ou encore économiques.

Face à ce constat pas très encourageant, une autre situation a été identifiée dans quelques zones du monde.

Ce sont cinq régions du monde (enfin plus que 4 maintenant…) où il y a une proportion de centenaires en bonne santé (critère essentiel !) bien supérieure à la norme.

Ces régions ont été appelées les Zones Bleues et c’est le sujet de ce podcast en compagnie de Jérémie Mercier.

Cela fait maintenant plus de 20 ans que certains chercheurs étudient ces zones et tentent de comprendre ce qui pourrait expliquer cette longévité extraordinaire.

Ils ont identifié 9 critères, Jérémie partage tout cela avec nous au cours de ce podcast.

Bonne écoute !

Au sommaire du quartorzième épisode de Parlons Forme

Dans cet épisode vous allez découvrir

  • Qui est Jérémie Mercier ? À quel moment et pourquoi s’est-il orienté vers la santé naturelle ?
  • Le concept de « zone bleue » et les caractéristiques générales de ces zones du monde.
  • Quels sont les principaux paramètres identifiés dans ces zones bleues qui expliquent la longévité et la bonne santé de leur population ?
  • Les recommandations de Jérémie Mercier à appliquer au quotidien pour tendre vers une meilleure santé.
  • Les études et les expérimentations menées sur d’autres catégories de population qui démontrent les effets positifs des principes des zones bleues sur la santé.
  • Et beaucoup d’autres choses…

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Découvrir une autre discussion passionnante

En complément de cet épisode, je vous invite a (re-)découvrir cette discussion avec Elodie Beaucent où nous parlons d’alimentation, de detox et de jeûne afin de faire le plein de vitalité.

En adaptant notre alimentation et en choisissant des aliments plus en accord avec notre constitution, il suffit de quelques jours pour se sentir plus en forme dans son corps et plus calme dans sa tête.

Je vous invite vraiment à faire le test !

Episode à écouter ci-dessous ou téléchargez-le au format MP3 (Clic droit / Enregistrer sous…)

Accéder aux notes de cet épisode

Xavier : Bonjour Jérémie et merci de m’accompagner pour ce podcast.

Jérémie : Bonjour Xavier.

X : Pour commencer est-ce que tu pourrais dans les grandes lignes te présenter aux personnes qui nous écoutent ?

J : Alors, moi, je me décris comme coach en santé naturelle. En fait, mon objectif c’est d’accompagner les personnes qui le souhaitent à adopter les bonnes habitudes alimentaires, la bonne hygiène de vie (c’est un mot que je ne trouve pas magnifique, mais qui regroupe pas mal de chose en tout cas qu’on pourra décrire tout à l’heure). Aider les personnes à trouver les bonnes façons de faire qui vont faire qu’elles vont se sentir mieux et être en meilleure santé. Et par voie de conséquence, elles vont peut-être perdre du poids si elles avaient un surpoids puis surtout elles vont ressentir qu’elles ont une super vitalité.

X : OK ! Super.

J : Et puis sinon peut-être ma spécificité par rapport à d’autres personnes c’est que j’ai une vision globale et je m’appuie aussi sur bagage scientifique assez conséquent puisque je suis chimiste de formation, je suis docteur en recherche environnementale et je suis normalien en chimie.

X : D’accord. Du coup, qu’est-ce qui a fait que justement tu avais ce parcours scientifique et à quel moment tu as décidé de t’orienter vers une santé un peu plus naturelle (on va dire) ?

J : Déjà, il y a plusieurs choses qui m’ont choqué. C’est qu’il y a 12 ans à peu près maintenant (je crois), j’ai découvert que les produits laitiers ne sont pas des aliments indispensables. Bien au contraire, qu’ils étaient souvent problématiques ! J’ai découvert sur moi, et ça a remis en question complètement ma façon d’envisager l’alimentation. Avant ça, je ne me posais pas forcément la question de ce qui était bien de manger ou pas. Je faisais un peu comme tout le monde, je ne mangeais pas incroyablement mal, mais je ne mangeais pas non plus super bien. Je ne faisais pas attention à ça du tout. Je venais d’une famille où on mangeait normalement. Enfin, des Français « moyens » !

Quand j’ai découvert cet impact des produits laitiers sur mon corps, que j’ai fait des changements, que je les ai supprimés de mon alimentation, je me suis rendu compte que j’allais beaucoup mieux. J’avais une plus belle peau, j’avais perdu un peu de poids. Je n’étais pas vraiment en surpoids, mais j’avais pris quelques kilos comme ça, après avoir passé 1 an en échange au Canada. Et puis j’ai senti que ma santé s’est améliorée, mais de façon substantielle en quelques semaines. Et ça c’était un gros bouleversement dans ma conception du monde même (j’ai envie de dire) et parce que j’ai tellement entendu toute ma vie que c’était indispensable de manger 3 produits laitiers par jour, que là c’était un gros tremblement de terre. Donc, j’ai commencé à me poser des questions et avoir du coup les médecins de façon un peu différente.

Un jour où j’étais tombé malade — je ne sais plus d’angine — le médecin me dit : « Ça doit être un truc viral, je vais vous prescrire des antibiotiques ». Et je lui dis : « Mais je ne comprends pas, si c’est viral les antibiotiques ne marchent pas. Ça marche que pour les bactéries ». Il me dit : « Ah oui effectivement. Vous êtes scientifique vous, c’est ça ? » Je lui dis : « Bah ouais, je suis un peu scientifique, mais je n’y connais pas grand-chose. Pourquoi vous me prescrivez des antibiotiques ? » Il me dit : « En fait, vous avez raison. Mais, c’est pour éviter la surinfection, etc. ». Bref, ce n’était pas du tout nécessaire, mais en tout cas, il me prescrivait d’antibiotiques comme ça par prévention. D’un point vu préventif. Et je trouvais ça très bizarre. Du coup, j’ai commencé à douter vraiment de la plupart des médecins et à me dire, mais en fait, leur approche n’est pas scientifique. C’est l’approche juste de quelqu’un qui a appris des choses qui ne sont pas forcément justes à l’école, qu’il n’a pas remises en question. Mais ce ne sont pas des scientifiques et ça, c’est vraiment une grosse découverte de ma part. Je m’attendais à ce que ces gens dans la médecine actuelle, aujourd’hui, soient des scientifiques. En fait, ils n’en sont pas la plupart du temps. C’était une prise de conscience pas très agréable.

Mais, finalement, petit j’avais été malade très souvent, j’avais plein d’enzymes, plein d’otites, pleins de problèmes de santé qui n’étaient pas très graves, qui étaient relativement bénins. Mais, qui ont fait que j’ai passé beaucoup de temps à l’hôpital pour me faire retirer les végétations, les amygdales, pour faire des opérations au niveau des tympans (on appelle ça des drains transtympaniques) puisque j’ai plein de problèmes d’otites. Donc, il fallait évacuer l’excès de liquide au niveau de l’oreille interne. C’était, des 05:25 horribles. Finalement, je me suis dit si ça se trouve tout ça, ça venait peut-être de cette intolérance aux produits laitiers que j’ai découverts à l’âge adulte. Et personne à l’époque n’avait jamais mentionné cette possibilité-là. Pourtant, maintenant après moult lecture et recherche, je me suis rendu compte qu’énormément d’enfants avaient des problèmes avec les produits laitiers de vache et que les supprimer pouvait être du coup une façon de résoudre extrêmement, rapidement et de façon efficace ces problèmes ORL à répétition chez les enfants.

Donc, il y a eu des prises de conscience qui se sont faites comme ça. Et une principale qui s’est faite pendant ma thèse. J’étais en doctorat en recherche environnementale à Londres, à l’Imperial College et je travaillais sur les impacts environnementaux des biocarburants que j’appelle : « agrocarburant » plutôt (à l’époque c’était relativement à la mode et c’est tombé un peu dans l’oubli depuis) et je regardais si ça avait un intérêt environnemental. Je me suis rendu compte que ce n’était pas le cas, ça n’avait pas vraiment d’intérêt environnemental. Mais surtout qu’à l’époque on commençait à critiquer les biocarburants en disant : « ce n’était pas terrible pour l’environnement finalement » et puis ça crée des problèmes de faim dans le monde. Il y avait des émeutes de la faim en Égypte et dans quelques pays africains à l’époque et je me suis rendu compte qu’en fait c’était vraiment l’arbre qui cache la forêt. C’est-à-dire que oui les agrocarburants sont problématiques, peut-être même qu’ils créent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent. Mais il y a bien pire que ça. Et ce qu’il y a de bien pire que ça, c’est l’élevage, la production d’animaux pour leur chair, pour les produits laitiers ou les œufs qu’ils vont produire. Ça, d’un point de vue environnemental, c’est immensément plus problématique. Pourtant, on en parle très peu et on n’encourage pas les citoyens à modifier leurs habitudes alimentaires dans ce sens-là parce que c’est trop ancré et puis certainement il y a trop d’intérêts économiques en jeu pour qu’on remette ça en question.

X : Il y a de tels lobys derrière tout ça qui font que c’est compliqué de s’attaquer à ces sujets-là. En tout cas, d’un point de vue d’un État.

J : Et c’était pourtant vraiment le plus énorme qui m’a sauté aux yeux pendant mes recherches en doctorat. Donc, quand j’ai compris ça, j’ai décidé de devenir végétarien à l’époque. C’était presque il y a 10 ans (pile jour pour jour, à quelque chose près). En fait, quand j’ai fait ce changement-là, je me suis dit : « Je n’ai pas envie de faire de bêtises, je n’ai pas envie de faire n’importe quoi » non seulement pour moi, mais aussi parce qu’on avait avec ma femme un projet d’enfant et on s’est dit : « Ce qu’on fait pour nous, ça nous concerne », mais on ne veut pas que ça engendre des problèmes sur nos enfants. C’est là que j’ai commencé à vraiment me renseigner de façon vraiment très importante sur l’alimentation. Principalement des sources anglophones, des livres américains, des blogs américains à l’époque que je suivais et qui commençaient à m’intéresser. Donc, je me renseignais, je me renseignais et plus j’avançais dans mes recherches, plus je me rendais compte que c’était un choix non seulement intéressant d’un point de vue environnemental, mais aussi pour la santé. À savoir donc de supprimer ou de limiter fortement sa consommation de viande et également de produit laitier.

Donc, c’était vraiment le début de mon enquête sur l’alimentation, sur la santé en général. Après, je me suis formé, j’étais ingénieur pendant 1 an suite à la fin de ma thèse et ensuite je me suis formé avec des personnes en santé alternative. Notamment, Christian Tal Schaller que peut-être tu connais Xavier ou que certains de tes auditeurs connaissent, qui est un médecin franco-suisse vraiment à la pointe et qui était très innovant. Depuis 30 ans, c’est vraiment un pionnier de la santé naturelle ou holistique (ça veut dire globale). Puis après je me suis formé à l’institut Hippocrate, aux États-Unis en Floride. C’est un institut de santé qui fait des choses exceptionnelles. Il y a des gens du monde entier qui viennent pour soit garder une pleine santé, soit pour la retrouver. Et j’ai vu comme ça des dizaines de personnes qui étaient pour certaines condamnées, à qui on avait dit : « Vous c’est foutu, il n’y a plus rien à faire » et qui en faisant de gros changements alimentaires, en retravaillant aussi certaines choses d’un point de vue psychologique et bien s’en sortaient et faisaient mentir les pronostics des médecins. C’était juste intéressant.

Et ça, ça m’a emmené après à me lancer moi en tant que coach en santé naturelle il y a 6 ans à peu près. Du coup, à accompagner maintenant les personnes qui le souhaitent à découvrir quelle alimentation leur convient parfaitement, quelle mode de vie ou qu’elle habitude à mettre en place dans leur vie de façon simple pour avoir des résultats extraordinaires sur leur santé, sur leur vitalité et sans prise de tête (j’ai envie de dire), ça, c’est le plus important pour moi.

Il y a un truc, ce sont les fameuses bleues qu’on a évoquées ensemble lorsqu’on s’est vu il y a quelques mois en vrai. Et c’est un sujet que je trouve fascinant. Les zones bleues, ce sont 5 zones dans le monde qui ont validé scientifiquement où les gens vivent plus longtemps et en meilleure santé ou en tout cas vivaient plus longtemps et en meilleure santé puisque sur ces 5 zones bleues il y en a au moins une qui n’ont n’est plus aujourd’hui parce qu’il y eut des changements importants dans le mode alimentaire des habitants. Et je suis allé dans 4 de ces 5 zones bleues pour voir réellement ce qui s’y passait. Puis, rencontrer les gens qui y vivent, essayer de comprendre qu’est-ce qui dans leur mode de vie, ils vivent 7 à 10 ans de plus que leur voisin et qui sont bien en meilleure santé également.

X : Alors, effectivement ce qui est vraiment intéressant dans cette idée de zone bleue, c’est que vraiment ce sont des zones dans le monde où les personnes vont avoir tendance à vivre plus âgées et en bonne santé. Parce qu’effectivement ça, c’est le critère vraiment essentiel parce que vivre vieux pour vivre vieux en tant que tel ce n’est pas intéressant si on est en train de végéter dans son fauteuil toute la journée. Est-ce que tu peux déjà peut-être nous dire qu’elles sont les zones et finalement qu’elle est la zone qui n’ont est plus une et pourquoi ?

J : Donc, les 5 zones bleues qui ont été répertoriées dans le monde. Je vais commencer par la plus connue, c’est celle Okinawa qui est un archipel (l’ile principale s’appelle Océ Okinawa) au sud du Japon. C’est assez loin du Japon principale, c’est plus près de Taïwan que du Japon. Okinawa où je me suis rendu au mois de mars (il y a quelques semaines). Ensuite, je suis allé beaucoup plus vers l’ouest, l’ile d’Ikaria qui se trouve en Grèce, à quelques kilomètres à vol d’oiseau de la Turquie. Je ne m’y suis pas encore rendu sur celle-ci, c’est la seule que je n’ai pas encore visitée. Ensuite, il y a la région Barbagia en Sardaigne. C’est donc, la région montagneuse du sud-est de la Sardaigne, qui est une ile italienne. Je vais beaucoup plus à l’Ouest encore, cette fois c’est le Costa Rica, la péninsule de Nicoya où je me suis rendu en décembre dernier. Et enfin, la ville de Loma Linda en Californie, donc à une heure en voiture de Los Angeles où je me suis rendu par ailleurs, c’était l’été dernier.

X : Ouais.

Ce qui est vraiment intéressant c’est qu’on voit bien que c’est dans des régions du monde qui sont vraiment à l’opposé l’une de l’autre. Tu vois entre l’Okinawa et la Californie, c’est vraiment à l’opposé l’une de l’autre (rire). Donc, ce n’est pas le lieu géographique qui est responsable de cette longévité et de cette bonne santé.

J : Il y a quand même peut-être un truc géographique qui aide quand même, c’est que si on regarde ces lieux, ce sont des lieux où d’un point de vue climatique, il fait relativement beau.

X : Ouais, il fait beau.

J : Soit c’est un climat de type méditerranéen, soit c’est un climat subtropical. Tu vois, l’Ikaria du coup c’est typiquement du climat méditerranéen, la Californie c’est un climat type méditerranéen peut-être plus aride. Okinawa, c’est subtropical, un peu humide, puis Costa Rica, c’est tropical, un peu humide également.

X : Ce n’est jamais dans l’extrême finalement.

J : Ouais ce n’est pas endroits où on crève de chaud et ce n’est pas non plus dans des endroits très au nord où on a tendance à manquer de lumière une grande partie de l’année. Donc, il y a peut-être ce côté-là qui joue, et c’est des endroits où il fait relativement bon et on a accès à une nourriture fraiche, des aliments frais toute l’année aussi. Peut-être que ça joue également quand même. Mais, ce n’est sans doute pas le point principal. Et parmi ces zones bleues, laquelle est celle qui n’est plus à priori une aujourd’hui (tu sais laquelle peut-être ?).

X : Je ne sais pas, mais comme ça je dirais peut-être la Californie parce que je dirais que c’est celle qui est la plus proche au hasard.

J : Donc, ce n’est pas celle-là, c’est Okinawa où il avait vraiment une longévité exceptionnelle des femmes en particulier et cette longévité, elle a eu tendance à chuter depuis il y a à peu près 20 ans. Et aujourd’hui on ne peut plus dire qu’Okinawa soit une zone bleue dans le sens où d’un point de vue de longévité et de longévité en bonne santé, ça a été dépassé par pas mal de provinces japonaises. La spécificité d’Okina a été perdue ces 15-20 dernières années. Les générations anciennes elles ne sont pas encore trop mal, mais les nouvelles générations du coup viennent faire exploser les statistiques en termes de diabète de type 2, obésité, hypertension, etc.

X : Donc, après on va peut-être parler justement des caractéristiques de façon générale sur qu’est-ce qui a été identifié comme bonne pratique pour faire partie d’une zone bleue. Mais avant, je voulais savoir si ce concept des zones bleues c’est quelque chose qui a été inventé par qui. Est-ce que tu connais un peu l’histoire ?

J : Oui, je connais bien l’histoire et je connais assez bien aussi les personnes qui ont participé à la création et à la diffusion de ce concept. Donc, le concept a été popularisé par un livre qui est un vrai best-seller de Dan Buettner, un journaliste-reporter américain qui fait partie du National Geographic et que j’ai eu la chance de rencontrer qu’on j’étais à Okinawa il y a quelques semaines, mois de mars. Alors, Dan Buettner a écrit ce livre en Anglais (je crois qu’il n’existe pas en français). Excerpt: The Blue Zones: Lessons for Living Longer From the People Who've Lived the Longest. Des leçons pour vivre plus longtemps de la part des personnes qui ont vécu plus longtemps (rire). Donc, ce livre est sorti il y a à peu près 10 ans et ça fait vraiment carton dans les pays anglophones. C’est un peu moins connu en France, ou dans les pays francophones en tout cas, mais c’est un livre que je recommande et qui est vraiment très intéressant à lire, qui se lit comme un roman. Par contre, c’est en anglais. Mais, ce n’est pas lui qui a créé le concept des zones bleues.

La première zone bleue validée scientifiquement c’est celle de Sardaigne, la région de Barbagia et c’est un Sarde qui s’appelait Gianni Pes que j’ai également rencontré. Qui a découvert ça à peu près en 99 ou en 2000 parce que lui dans sa famille il avait un oncle qui a vécu très vieux, je crois, 110 ans à peu près ce qui est quand même exceptionnel pour un homme en plus. Et qui venait de cette région, et se renseignant, il s’est rendu compte qu’il y avait quand même beaucoup, beaucoup de centenaire. Il y est allé sur place, il a fait des études démographiques et puis il s’est rendu compte qu’il y avait vraiment une poche avec une faible mortalité par rapport à ce qui était attendu. Il a exposé ça à une conférence à Montpellier international en 99 et tout le monde lui a ri au nez parce qu’il y avait beaucoup de gens qui ont fait des recherches dans plein d’endroits du monde et qui s’étaient rendu compte que les apparentes zones où il avait une forte longévité quasiment à chaque fois, il s’est rendu compte qu’il n’avait pas d’état civil qui était bien fait.

Donc, ils pouvaient mentir sur leur âge et culturellement c’était assez fréquent dans les zones du monde et que les gens donnent un âge. Par exemple, cette année, ils disent : « J’ai 90 ans ». On revient les voir 5 ans après, ils ont 100 ans, on revient encore 5 ans après, ils ont 120 ans. Bref, ils n’ont pas la même ligne de temps que nous. Mais, en fait, ce n’est pas qu’ils mentent, mais culturellement, ils vont être plus hauts dans la hiérarchie s’ils sont plus âgés. Donc, ils ne comptent pas les années comme nous. Ce qui peut être problématique pour un scientifique. Donc, ce Gianni Pes, on lui a ri au nez quand il a présenté ses résultats, mais il est retourné en Sardaigne (d’où il est d’ailleurs), dans le sud de la Sardaigne pour voir vraiment, pour aller contrôler l’État civil et qui est un État civil de qualité qui est vraiment bien fait. Il s’est rendu compte que sur la centaine ou les 200 personnes qu’il avait répertorié qui étaient très âgés, je crois qu’il y avait 2 erreurs. C’était très marginal. 2 erreurs qui n’étaient pas non plus de très grosses erreurs. Il y avait vraiment quelque chose de spécifique en Sardaigne.

Lors de cette conférence, il y a une personne qui a dit : « Moi, ça m’intéresse, je vais aller voir avec vous ». Et c’était un Belge qui s’appelle Michel Poulin que je vais revoir d’ailleurs dans quelques semaines en Sardaigne pour continuer nos recherches ensemble. Et ce Michel Poulin avec Gianni Pes, ils ont passé beaucoup de temps pour valider scientifiquement que oui la région du sud-est de la Sardaigne, Barbagia ait vraiment un truc. Et ils sont allés ensuite avec Dan Buettner qui est tombé sur leur travail, explorer s’il n’y avait pas d’autre zone dans le monde où il avait ces poches de longévités. C’est là qu’ils ont découvert qu’il y avait 4 poches de longévité. Comme j’ai dit tout à l’heure, la péninsule de Nicoya au Costa Rica, l’ile d’Okinawa qui n’en est plus une aujourd’hui, mais qui l’a été une époque et puis l’ile d’Ikaria en Grèce et la ville de Loma Linda en Californie.

X : Est-ce qu’on peut justement rentrer un peu dans les caractéristiques qui ont permis d’identifier ces zones afin d’identifier ce qui ferait en tout cas que ces personnes en tendance à vivre plus longtemps et en meilleure santé ?

J : Je vais aussi essayer d’expliquer pourquoi on appelle ça des zones bleues, c’est amusant. En fait, Gianni Pes et Michel Poulin quand ils ont exploré cette zone du sud de la Sardaigne (c’est toute bête en fait l’explication) c’est que quand il repérait des villages où il avait vraiment une concentration importante de centenaire et une apparente longévité qui était surprenante, ils entouraient en bleue avec un style bleu, avec un stabilo bleu pour être précis, le village. C’est tout. Il n’y a pas de lien avec la couleur de la mer, du ciel, ou des yeux ou quoi ce soit. C’est une histoire de style qui a été utilisé (rire) pour entourer les villages.

X : Après c’est une couleur qui s’adapte bien au concept aussi.

J : Ça marche très bien, mais c’est un : « hasard ». Donc, Gianni Pes et Michel Poulin quand ils ont découvert ces lieux au début leur question ce n’était pas de comprendre pourquoi, mais c’était de s’assurer que c’était bien des lieux où ils avaient une longévité importante. C’était le plus gros des travaux qui a pris énormément de temps. Après, avec Dan Buettner quand ils ont fait leurs autres explorations dans d’autres endroits du monde. Ils ont commencé à regarder ce qui peut expliquer que ces gens vivent plus longtemps et en si bonne santé. Ils ont identifié 9 paramètres principaux qui permettraient d’expliquer ça. Alors, je vais parler de ceux qui sont à mon avis plus importants en premier et après aller vers ceux qui sont peut-être les moins importants et qui correspondent plus à quelque chose de générationnel que vraiment une spécificité des lieux.

D’après ce que j’ai pu voir de mon côté et qui me parait vraiment prépondérant, c’est l’alimentation. C’est-à-dire que les gens dans la zone bleue, les gens qui vivent longtemps en bonne santé parce qu’il y a aussi des gens qui ne vivent pas longtemps et qui ne sont pas en bonne santé bien sûr, c’est une population avec une grande variété de personnes, mais ceux qui vivent longtemps en bonne santé et qui font poussée vers le haut la longévité, ce sont des gens qui mangent beaucoup, beaucoup de plantes et très peu de produits animaux. Ça, c’est la première chose. Donc au moins, 80 % de calories qui viennent d’aliments végétaux. Ils peuvent manger un peu de viande, un peu de poisson, mais c’est de très petite quantité.

Ce que je veux dire c’est qu’il y a plusieurs iles, donc, la Sardaigne, Ikariat et Okinawa sont des iles et pourtant il mange très peu de poisson, c’est souvent des endroits où on se méfie un peu de ce qui vient de l’extérieur parce que pour des raisons historiques, ils avaient des attaques d’envahisseurs ou de pirate ou de chose comme ça, on se méfie de la mer. Et il n’y a pas une culture de la pêche très forte. En Sardaigne, les poches de longévité, ce ne sont pas les visages de pêcheurs, ce sont plutôt les villages de bergers dans la montagne. Souvent, on voit le poisson comme un aliment vraiment très important, etc. Ce n’est pas quelque chose que l’on observe dans les zones bleues en tout cas. Dans ces zones bleues, on mange des viandes, mais en général c’est très peu et en gros 2 portions de viande par mois. Ce n’est pas grand-chose.

X : Ah oui, effectivement.

J : Et dans certaines zones bleues, en particulier à la Loma Linda en Californie, là il mange extrêmement peu de produits animaux. En fait, c’est une zone bleue parce que la plupart des habitants de la Loma Linda appartiennent à un groupe religieux qui s’appelle les adventistes du 7e jour, c’est groupe chrétien qui a une vision de la bible qui selon eux, il faut du coup manger qu’en gros que ce qui vient des graines. Bref, que des plantes, c’est pour ça que plus de la moitié de la population est végétarienne et les puis 1/4 est végétalienne. En gros, c’est ça.

Et c’est ça qui fait certainement que cette population qui habite pourtant dans un pays très développé, la Californie qui est à 1 heure de Los Angeles où il y a bien sûr énormément d’alimentation type fastfood et américaine, dans le mauvais sens du terme. Mais, il y a aussi donc à Loma Linda cette poche où les gens mangent très peu de protéine animale. C’est ça sans doute qui permet à ces gens-là qui ont été très étudiés d’ailleurs puisque c’est un groupe assez localisé de personnes qui sont longtemps restées en très bonne santé. Donc, ces adventistes du 7e jour et bien, ils ont vraiment 7 années de plus de longévité grâce à cette alimentation certainement. Mais ce n’est pas la seule chose.

X : Peut-être juste pour préciser c’est que finalement à part Loma Linda où ils ont fait le choix d’avoir cette alimentation vraiment basée sur les plantes, c’est culturel, ce n’est pas un choix finalement de manger moins de viandes ou manger moins de poissons.

J : Exactement, c’est culturel. C’est aussi lié à des facteurs je dirais un peu économiques, puisque souvent, c’est des régions un peu isolées, assez pauvres aussi. La région Barbagia en Sardaigne c’était des gens qui se sont développés bien sûr ces dernières années, mais au début du 21e siècle jusqu’au milieu du 21e siècle c’était des gens très pauvres. Que ce soit la Sardaigne, Ikaria aussi certainement. L’Okinawa un archipel qui était un peu délaissé par le Japon qui était très loin du Japon principal et c’était une région pauvre du Japon. La péninsule de Nicoya c’est pareil, au Costa Rica c’est une partie très isolée qui est loin du reste du pays parce qu’il y a la jungle, il y a une espèce de gros bras de mer qui sépare cette péninsule du reste du pays. Du coup, ce sont des endroits isolés et relativement pauvres. Mais, en fait, cette pauvreté en terme financier ou économique a fait qu’ils ont dû se concentrer sur des aliments considérés comme fait pour les pauvres, c’est-à-dire les plantes. Mais qui en fait sont très bon et qui permettent d’être millionnaire quelque part d’un point de vue de la santé.

X : Du coup, ça les a préservés aussi justement de cette économie agro-industrielle qui a : « envahi » le reste du monde (rire).

J : Puis surtout dans pas mal de pays finalement, l’alimentation traditionnelle dans la campagne c’est souvent assez peu de viande pour des raisons économiques tout simplement. Un exemple tout bête, mais par exemple, le couscous que l’on trouve en Afrique du Nord, il est royal quand on rajoute de la viande, mais sinon il est normal sans viande. C’est juste de la semoule, des légumes et du pois chiche. Quand on rajoute la viande et que ça devient royal, c’est là que les problèmes arrivent (rire). Donc, ces régions ont été préservées par ça et du coup c’est rentré un peu dans les mœurs. C’est-à-dire que, cette pauvreté économique a fait que les gens devaient se débrouiller et puis ce qui était plus facile à faire c’était d’avoir des fruits, des légumes, des graines à profusion toute l’année. Ça ne s’était pas compliqué, mais les produits animaux ça coutait plus cher, donc c’était de façon plus occasionnelle ou bien en très petite quantité.

X : D’accord. Ça marche.

J : Donc, ça, c’est la première chose.

Un élément qui est aussi important et qu’on observe à Okinawa c’est que les gens mangent relativement peu, ce n’est pas des grosses portions, il se goinfre. Et même à Okinawa, ils ont une façon d’envisager le repas qui est différente de celle qu’on peut avoir en France notamment. Ils disent quelque chose qui est contraire du bon appétit avant de manger. Je parle des anciens traditionnels. Ils disent : « Hara Hachi Bu » ça veut dire estomac : « 80 % ». C’est à dire je ne remplis pas non à plus de 80 % de ce qu’il pourrait recevoir. C’est-à-dire que je m’arrête à 80 % de sa satiété. Alors que nous, on dit Bon appétit, ça veut dire mange et mange bien (rire). Là-bas, ils se restreignent, ils se disent dès le début : « Je ne me goinfre pas, j’ai une certaine discipline alimentaire ».

X : Ils se donnent une intention à chaque repas.

J : Exactement, à chaque repas. Aujourd’hui au Japon, maintenant beaucoup de gens font ça plus, j’ai envie de dire c’est un truc à la mode, mais plus pour faire des régimes. C’est genre je ne mange pas trop parce que je veux perdre du poids. Mais, là-bas ce n’était pas ça. C’était juste une forme de discipline alimentaire. Non seulement il mangeait sainement sans forcément trop savoir. Mais en plus de ça, ils s’arrêtent de manger avant satiété. Très intéressant. Et finalement dans les autres zones bleues, c’est aussi quelque chose qu’on remarque c’est que ce n’est pas de gros mangeur.

Pour continuer dans l’alimentation (et ça, c’est un argument qui plait beaucoup à Dan Buettner) c’est qu’on a remarqué que les gens qui vivent plus longtemps, ce sont des gens qui consomment un peu d’alcool, ce ne sont pas ceux qui boivent beaucoup d’alcool parce que là, il y a vraiment de gros problèmes liés à la consommation d’alcool en excès et ce n’est pas non plus les gens qui boivent 0 alcool, c’est des gens qui en boivent un petit peu. Un petit peu, ça veut dire quoi ? C’est 1 à 2 verres max par jour. Et donc, on voit ça notamment en Sardaigne, à Ikariat et même à Okinawa, c’est que les gens qui boivent un peu d’alcool, ils ont un peu une meilleure santé que les autres.

X : Puis, sachant qu’on n’attend pas le samedi soir pour boire nos dix verres de la semaine d’un coup !

J : Exactement (rire) c’est bien de préciser de préciser ça. Effectivement, c’est une moyenne journalière, mais il ne faut pas dépasser ça par jour. Après il y a aussi vraiment de point de vue l’exercice physique. Qu’on remarque très bien quand on va à Sardaigne c’est que ce sont des villages de berger dans la montagne, là où se trouve la zone bleue et ce sont des endroits très en pente. Donc, les gens naturellement, ils vont être obligés de faire du sport, parce que ça monte, ça descend tout le temps. Donc, dès qu’on veut marcher un peu, dès qu’on veut aller quelque part, forcément ça va nous faire grimper puis descendre.

L’activité physique se fait toute seule, les gens ne vont pas en salle de sport où quoi, ils font leur activité physique simplement par le fait de se déplacer ou par le fait de travailler sur leur terre ou d’être berger comme l’était une grande partie des hommes en Sardaigne, dans la zone bleue, ils passaient leur temps à surveiller les bêtes et à marcher en montagne.

X : Et puis, il y a peut-être aussi cette habitude de quand ils ont besoin de se déplacer à droite ou à gauche de ne pas prendre la voiture. On en revient peut-être justement aussi avec le côté économique où ils n’ont peut-être pas les moyens de se payer une voiture et ils étaient obligés de marcher finalement.

J : Oui c’est ça. Donc, les gens naturellement, par leur mode de vie, par leur pauvreté économique, mais aussi par le fait que géologiquement ils sont contraints de marcher parce que c’est trop pentu puis il y a des endroits où la voiture ne passe pas, ce n’est pas possible. Les gens sont obligés de marcher, sont obligés de faire de l’exercice physique, ça se fait tout seul. Du coup, ça, c’est quelque chose qui est certainement très important pour la bonne santé et la longévité. Ça protège d’un point de vue cardiaque de façon scientifiquement validée. C’est du coup quotidien pour beaucoup de personnes de ces zones bleues.

X : Ouais, donc ce qui est intéressant, là aussi c’est qu’on reste dans une modération et dans un exercice au quotidien. C’est-à-dire qu’ils font que vivre au quotidien en se déplaçant lorsqu’ils en ont besoin, mais comme tu disais ils ne vont pas à la salle de sport ou ils ne vont pas marathon.

J : Oui et ça, je pense que c’est très important parce qu’il y a une vraie mode du marathon. Ce n’est pas forcément mauvais, mais ça reste quand même du sport à l’excès et je rappelle que le marathon ce nom marathon, ça vient d’une légende de la mythologie grecque, je ne suis pas sûre qu’elle soit à 100 % basée sur des faits historiques, j’ai un petit doute là-dessus. Mais, en tout cas l’homme qui parcourt ces 42 et quelques kilomètres, à la fin il meurt (rire).

X : C’est 42 kilomètres 195 mètres, je dis ça parce que j’en ai fait (rire) courir des marathons.

J : D’accord. C’est bon, tu n’es pas mort, tant mieux (rire). Bon, on court de moins en moins en faisant du marathon. Mais, souvent c’est une vraie agression pour le corps. Je pense que ça peut être bien d’en faire quelques-uns, mais quand ça devient une habitude ou ça devient trop fréquent, là ça peut créer de gros problèmes d’après ce que j’ai pu observer aussi d’un point de vue de la santé. Donc, la modération est encore une fois la clé. Et nous qui sommes devenus des sédentaires à l’extrême et qui pour nous décharger de cette culpabilité avons tendance à aller dans les salles de sport, il faudrait mieux qu’on est des activités quelques parts plus modérées, mais plus fréquentes.

X : Plus quotidienne, oui c’est ça.

J : Et plutôt que de prendre la voiture à chaque fois pour se déplacer, on pourrait imaginer que non cette fois je vais marcher une demi-heure. Et ça me faire le plus grand bien. La marche c’est peut-être un des sports les plus simples et les plus sains qui existent qui est pratiqué dans toutes ces zones bleues de façon quotidienne. Moi, ce qui m’a surpris c’est de voir des gens à 90 ans grimper aux arbres pour ramasser leurs fruits, marcher sans difficulté et j’ai vu un monsieur aussi de 100 ans comme ça au Costa Rica qui fait du cheval 3 heures par jour pour aller voir ces amis dans la campagne. Très impressionnant. Des gens comme ça, ils ne sont pas si rares que ça dans la zone bleue. Ça change de ce que j’ai pu voir beaucoup en France où les gens sont maintenus en vie grâce à plein de médicaments, mais pas dans de très bonnes conditions. Donc, voilà, l’activité physique est sans doute un aspect essentiel.

Il y a aussi beaucoup, la question du stress. Il n’y a pas de stress chronique dans les zones bleues. C’est-à-dire que les gens ils ont un tel support familial, de tels liens sociaux et puis comme ils ont cette activité physique certainement qui est très régulière et finalement ils se déchargent assez facilement du stress. À chaque fois que j’ai demandé à des centenaires : « Est-ce vous avez des regrets, est-ce que vous êtes stressé ? ». À chaque fois, c’était NON. Déjà, le mot stress, ils ne connaissaient pas souvent donc, il fallait que l’on explique. Au Costa Rica on a dit : « Preocupaciones », ils ont dit : « Ah non, je n’ai pas de préoccupations, tout va bien ». Je leur demandais si vous aviez des regrets. Ils m’ont dit : « Non, aucun regret, si c’était à refaire, je ferais tout pareil ». C’est incroyable. Et à chaque fois c’était systématiquement la même réponse. Donc, ça, c’est quelque chose à mon avis de très fort. Ces gens en bonne santé qui vivent longtemps dans les zones bleues qui ne souffrent pas du stress.

Alors, ce n’est pas forcément évident de reproduire les conditions dont lesquels ils vivent, c’est vrai qu’il fait beau une grande partie de l’année. Ce n’est pas très riche économiquement, mais il y a un côté assez idyllique parce que c’est préservé, parce qu’il y a de beaux paysages, parce qu’on a une alimentation de qualité, etc. autour. Et puis il y a vraiment une question de support familial qui est extrêmement important, la famille est très importante (j’ai envie de dire) dans toutes ces zones bleues. Les anciens sont très respectés, voire vénérés comme c’est le cas à Okinawa. À Okinawa, les ancêtres font partie de la vie quotidienne, il y a des temples où on vénère les ancêtres, on fait même parfois des pique-niques en famille sur les tombes de ses ancêtres. On pique avec eux. Et dans toutes les zones bleues à chaque fois, les anciens étaient très respectés et il y avait toujours des gens pour s’occuper d’eux. Quand certains anciens ne peuvent plus vivre seuls parce qu’ils commencent à être un peu fatigué, c’est très fréquent qu’il ait un enfant ou un petit enfant qui vient s’installer avec eux ou bien qui soit dans la maison du neveu est c’est un autre qui s’en occupent, etc. Enfin, il y a un soutien vraiment très plaisant. Et ça, ça joue énormément certainement.

X : Après, il y a des points sur lesquels finalement, en tant qu’individu on peut faire le choix d’évoluer dans cette direction-là. Après, aujourd’hui, c’est vrai que d’un point de vue de société que ce soit en France ou dans les pays modernes (on va dire), les pays développés, il y a des choses qui culturellement sont moins ancrées. Donc là, ça va être plus difficile. Du coup, est-ce que tu aurais des recommandations auprès des personnes qui nous écoutent sur les choses qu’ils peuvent faire pour essayer d’aller dans cette direction-là pour que dans leur quotidien, ils arrivent à tendre vers une meilleure santé ?

J : Alors, par rapport au stress il y a quelque chose qui me parait prépondérant, c’est-à-dire que ce support familial là, on ne l’a pas forcément parce que culturellement, ce n’est pas forcément ancré comme tu l’as dit. Mais en tout cas, on peut augmenter ses chances d’avoir ces soutiens-là et de se sentir heureux et de ne pas d’avoir de regret. C’est de pratiquer ce que j’appelle : « l’hygiène émotionnelle » et l’extériorisation des émotions. J’en parle dans un livre qui est sorti il y a quelques mois et qui s’appelle : « l’hygiène émotionnelle : le chaînon manquant de votre épanouissement » aux éditions de saxe, on trouve ça partout en librairie et sur Amazon. C’est une façon de vivre pleinement ses émotions par son corps. Il s’agit de faire des psychothérapies en permanence, d’essayer de comprendre le pourquoi du comment, etc. Même si c’est intéressant d’un point de vue intellectuel, mais c’est de s’autoriser à lâcher les émotions comme le font les petits enfants, comme le font les animaux et comme le font certains peuples primaires : par le corps, par le cri, par les gesticulations, par des pleurs, etc.

Alors, ce n’est pas quelque chose qui est forcément pratiqué. Je n’ai pas vu ça dans les zones bleues où je suis allé. Par contre, c’est des endroits où les gens vont dire les choses, ils sont assez cash, les gens que j’ai vus. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas tendance à retenir des choses, à ne pas dire, à être politiquement corrects. Et du coup, comme ils disent les choses, quelque part, ils se déchargent d’émotions qu’ils auraient rentrées autrement dans leur corps. Ce qu’on a tendance nous à faire en Occident.

X : Oui, c’est ça. Il y a cette phrase : « Ce qui ne se dit pas, s’imprime » et dans le sens où ça s’imprime à l’intérieur du corps et après, on le porte en nous tant qu’on ne s’en n’est pas libéré en tout cas.

J : Voilà, exactement.

Il y a aussi quelque chose que j’ai remarqué qui était vraiment, c’est que tous les centenaires que j’ai rencontrés, c’était tout le temps des gens marrants. Tout le temps, tout le temps... c’est-à-dire que ce sont des gens qui rigolent, avec qui on s’amuse. On discute, c’est drôle, on se marre vraiment avec ces gens-là. Et cet humour-là, je pense que c’est quelque chose qui est vraiment indispensable si on veut vivre longtemps en bonne santé. Si on n’a pas cet humour-là, ce détachement, cette spiritualité dans le sens aussi humour et bien, tout ce qui va nous arriver qui n’est pas à 100 % comme on l’attend dans la vie, on va mal le prendre. Puis quand on vieillit, c’est normal que le corps, il commence à ne plus fonctionner exactement comme avant et si on voit ça de façon négative, je pense qu’on accélère sa fin et on empire notre état. Donc, cet humour-là me parait essentiel aussi.

Pour continuer avec le côté psychologique, la plupart des gens dans les zones bleues, il y a une histoire d’avoir un but dans la vie ou un but dans la journée. Les gens, ils se sentent investis soit d’une mission, soit d’un objectif. Ils ont quelque chose à faire, ça s’appelle par exemple : « l’ikigai » au japon et à Okinawa en particulier, ça veut dire la : « la raison pour laquelle on se lève le matin » et au Costa Rica c’est le : « plan de vida » c’est le plan de vie et c’est quelque chose d’important dans la culture locale. Donc, les gens ils savent pourquoi ils sont là et ils ont quelque chose à faire et ils vont le faire. Ça, ça les motive à bouger, à prendre soin d’eux. Souvent d’ailleurs, c’est la famille, simplement je veux m’occuper de ma vie, je veux leur apporter le meilleur. Comme la famille est très très importante dans ces zones bleues, ça peut suffire et ça permet à ces gens d’être reposés parce que le fait d’avoir un but, d’avoir une direction, ça limite très fortement le stress.

X : Et puis, c’est extrêmement intéressant qu’en Occident, il y ait beaucoup de gens qui ont tendance à mourir une fois qu’ils arrivent à la retraite, à quelques mois ou rapidement malheureusement après leur départ à la retraite, ils meurent parce que finalement, ils ont plus ce but de se lever le matin pour faire quelque chose et finalement ils dépérissent très rapidement.

J : Exactement.

X : C’est ça, le travail en tant que tel n’est pas une finalité, il faut trouver un moyen justement d’avoir de l’intérêt pour continuer à se lever chaque jour.

J : Ce qui est amusant aussi c’est que j’ai pu voir et notamment au Costa Rica c’était assez fort, c’est que la plupart des gens ont travaillé presque toute leur vie. Des gens à 95 ans, ils bossent encore, c’est parce qu’ils aiment, ça leur plaît, ils ne se forcent pas. Du coup, effectivement, ça leur fait un but, ils sont contents de faire, ce travail leur fait bouger, rencontrer des gens. Ça peut être seulement simplement s’occuper de ses terres, ça peut être travaillé dans une boutique, mais de façon simple. Ce sont des petits travaux qui ne demandent pas des compétences incroyables. J’ai vu aussi à Okinawa, une dame qui tenait une filerie, un atelier de textile où ils faisaient du textile à partir de fibre de bananier du : « bashofu » ça s’appelle. Une dame de 96 ans, c’est elle la propriétaire de l’usine textile et c’est elle qui s’occupe de filer à la main les fibres. Ça l’occupe, elle voit des gens, elle se sent utile, le fil est prêt et après c’est les autres employés de son entreprise qui vont gérer la suite. Puis, du coup, elle est contente. Et ça, c’est sans doute un des secrets de la longévité et de la bonne santé.

X : D’accord.

J : Les trois derniers points qui ont été relevés dans ces zones bleues qui sont sans doute importantes. J’en ai évoqué un déjà, c’est l’impression d’appartenir, d’être dans un groupe, faire partie d’un groupe social.

X : Une communauté.

J : Voilà, une communauté ! C’est un mot qui n’est pas encore dans le langage francophone ou qui est utilisé de façon négative. Mais en tout cas, dans ces petites communautés dans les zones bleues, les gens se connaissent, c’est souvent de petits villages, ce n’est pas de grandes villes. Donc, les gens ont tendance à se connaître, se faire des services entre eux et puis à se retrouver. Ou peut-être que la religion peut aider, le fait d’aller à la messe ou au temple où avoir une pratique religieuse pourrait aussi avoir une aide.

X : Ça rejoint un peu cette idée de communauté, je pense, d’ailleurs.

J : Oui, oui, bien sûr. Je ne suis pas sûr que ce point-là qui a été mis en avant par Dan Buettner, soit caractéristique des zones bleues, puisqu’on voit aussi dans beaucoup de générations de cet âge-là, des anciens, la religion était beaucoup plus importante à cette époque-là. Et ça, ce n’est pas spécifique aux zones bleues forcément. Je ne suis pas sûre que ce soit le plus important. Mais, en tout cas la communauté c’est quelque chose qui m’a vraiment frappé dans ces zones bleues. Puis, la famille, l’importance de la famille, ça, c’est quelque chose qui revient systématiquement.

On a tendance en Occident à avoir des familles de plus en plus éclaté où les liens ne sont pas forcément aussi forts et ça joue certainement sur la longévité. Parce que tout simplement les enfants, comme j’ai dit tout à l’heure, continuent de s’occuper de leurs parents ou les petits enfants après. Ça augmente la longévité des anciens. Le fait de mettre quelqu’un en maison de retraite, ça fait instantanément baisser de quelques années l’espérance de vie. C’est des choses connues. Après, c’est des choix de société, ce n’est pas forcément simple, mais en tout cas c’est ça les gros points qu’on a pu observer dans ces zones bleues qui permettraient d’expliquer ces longévités et ces santés exceptionnelles. Mais, j’insiste, pour moi, c’est vraiment l’alimentation et certainement le fait qui est si peu de stress qui explique ces poches de longévité exceptionnelle.

X : Maintenant ça fait à peu près une vingtaine d’années cette notion de zones bleues a été identifiée. Est-ce qu’entre temps, il y a eu des études ou des expérimentations où on prend une zone qui n’est pas du tout une zone bleue, où on essaie d’appliquer ces principes-là auprès d’une population ? Je ne sais pas ça doit pas être simple. Déjà peut être d’une centaine de personnes, je ne sais pas, si tu vois l’idée. Voir si pas forcément en termes de longévité, mais en tout cas en termes de marqueur de santé s’il y a quelque chose de positif après de cette population.

J : Alors, Dan Buettner a fait ça aux États-Unis dans (je ne sais plus combien) au moins une dizaine de communautés dans différents endroits du pays. Donc, ils ont eu des soutiens de certaines mutuelles et entreprises qui ont financé ces projets. Donc, ils ont aidé les gens à plus se déplacer à pied. Ils ont aménagé différemment les centres-ville pour que les gens s’assoient plus tout le temps. Parce qu’aux États-Unis qu’on va faire des courses, c’est forcément la voiture et plein de fois, c’est très peu de choses à pied. Et donc, ils ont aménagé différemment certains espaces pour que les gens marchent plus, se retrouvent plus, ils ont aussi amélioré la qualité nutritionnelle des restaurants entrepris ou ils ont promu des alternatives végétales à ce qu’on avait en permanence qui était beaucoup trop concentré sur les protéines animales.

Effectivement, ils ont vu qu’il avait une sacrée amélioration de l’état général de santé des habitants : Perte de poids chez les gens qui étaient obèses parce qu’on a quand même beaucoup aux États-Unis, et puis beaucoup moins d’arrêts maladie. Il y a vraiment des effets très positifs, d’un point de vue direct pour les entreprises dans les cas où il y avait des employés qui jouaient le jeu, ils appellent ça du coup le : « Blue zone projet ». Oui effectivement, quand on fait des changements, quand on suit les recommandations que j’ai indiqué qu’on trouve dans les zones bleues et qu’on applique ça dans des endroits qui ne soient pas des zones bleues et bien on voit des changements rapides et c’est très efficace.

X : Du coup est ce que les gens ont continué dans cette démarche là ou une fois à la fin du projet, ils sont retournés à leurs vieilles habitudes ? (rire)

J : Je crois que la plupart des projets sont encore en cours, mais quand les gens observent qu’ils peuvent se passer de médicaments, qu’ils sont en meilleure santé, qu’ils se sentent mieux, qu’ils dorment mieux. Je n’ai pas parlé du sommeil d’ailleurs, mais je pense que c’est aussi un point indispensable, très important, qui n’a pas forcément été invoqué par Dan Buettner dans son livre, mais quand j’ai vu les gens au Costa Rica notamment et dans certaines zones bleues, il y a vraiment une grosse séparation entre le temps de travail et le temps de repos. C’est comme si quand on a fini de travailler, on fait autre chose, mais complètement et du coup, la nuit (ce n’est pas exactement la suite de ce que je voulais dire), mais quelque chose que j’ai remarqué, c’est que les gens dormaient beaucoup. Au Costa Rica notamment, ils se couchaient assez tôt et ils se levaient assez tôt aussi, mais ça devait être des nuits de 9 heures, facile !

X : Ils dorment beaucoup et bien.

J : Ils dorment beaucoup et bien, ils sont vraiment très reposés et du coup ils sont très en forme aussi la journée. En tout cas, les gens qui ont appliqué, qui ont suivi ces conseils dans ces zones bleues, la tendance ce n’est quand même pas forcément de façon parfaite, mais en tout cas de continuer dans cette direction-là parce qu’ils ont ressenti les bénéfices sur leur corps et sur leur vie. Donc, ouais, ça marche.

X : OK c’est cool. Du coup, on va arriver à la fin de ce podcast. Est-ce que t’aurais un ou deux livres à recommander ? Un livre qui aurait eu un impact particulier dans ton histoire, dans ton parcours ?

J : Alors, ce livre sur les zones bleues de Dan Buettner, c’est un livre que j’ai vraiment beaucoup aimé, que j’ai adoré. Donc, The Blue Zones: Lessons for Living Longer From the People Who've Lived the Longest. Que en anglais, il me semble. Après, moi j’avais beaucoup été inspiré même si tout n’est pas parfait dans un livre qui s’appelle (j’ai un doute sur le nom français maintenant) oui c’est ça, c’est : « l’enquête Campbell » du professeur T. Colin Campbell qui a fait des études statistiques sur les problèmes de santé qui pouvaient en Chine rurale, Chine urbaine, États-Unis, et ils se sont rendus compte que dans les zones rurales de Chine où les gens consommaient moins de protéines animales c’est là qu’ils avaient vraiment une baisse spectaculaire des cas de cancers, de maladies cardiovasculaires, d’obésité, hypertension, etc. Et ça c’est un des livres qui m’avait beaucoup plu.

Après, il y a certainement plein d’autres, mais lesquels dire en priorité, je ne sais pas.

X : Si c’est les deux premiers qui te viennent, c’est très bien comme ça.

J : Après il y a d’autres sur l’extériorisation des émotions que je trouve fantastiques, mais qui sortent un petit peu de ces sujets-là. Du coup, j’ai voulu synthétiser ça et rendre ces livres (qui sont parfois un peu technique ou un peu complexe) vulgarisés ça dans deux petits livres. Il y en a un que j’ai évoqué tout à l’heure : « L’hygiène émotionnelle : le chaînon manquant de votre épanouissement ». Et le deuxième c’est : « J’arrête de creuser ma tombe avec mes dents : En finir avec les faux messages alimentation-santé ». Donc, tous les deux, ces deux livres sont aux éditions Saxe et ils sont partout en librairie ou sur Amazon, Fnac, etc. Donc, j’ai synthétisé les plus importants et ce qu’on pouvait mettre en place directement dans sa vie et qu’on verra tout de suite les résultats. Puis, pour ceux qui veulent en savoir plus sur mes approches, mes découvertes dans les zones bleues et dans la santé naturelle en général. Il y a mon site internet www.jeremie-mercier.com et vous pouvez télécharger mon e-book » 5 trucs faciles à mettre en place pour péter le feu » (rire) et il y a aussi un challenge : « 21 jours pour manger sainement » vous pouvez vous inscrire, tout est sur mon site.

X : Ça marche !

J : Je vous explique du coup les choses les plus simples à mettre en place qui vont avoir des états directs sur votre santé et puis certainement sur votre longévité parce que moi je suis allé dans les zones bleues pour comprendre pourquoi les gens vivaient longtemps en bonne santé, mais aussi pour voir si ce que j’enseignais c’était compatible avec la longévité et bonne nouvelle c’est que oui c’est exactement dans le même sens. (rire)

X : OK, bon eh bien, c’est cool.

Et du coup, à terme, est-ce tu prévois un ouvrage ou créer du contenu autour de cette notion de zones bleues pour les gens qui voudraient aller plus loin, etc. ?

J : Certainement, oui, oui. Comme j’en ai exploré déjà 4 sur les 5 et que je vais retourner dans certaines et que la 5e j’irais aussi, oui certainement. Donc, comme je suis aussi en contact avec les protagonistes des zones bleues, oui, oui il y a des choses à ce niveau-là. (rire)

X : Bah, c’est cool. En plus, si ce contenu-là est disponible qu’en anglais à l’heure actuelle, ça pourrait être.

J : En grande partie oui, c’est exact. (rire)

X : Super Jérémie.

J : Merci Xavier.

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